Battle of the Sexes : “Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir” pour l’égalité hommes/femmes

Rencontre avec Jonathan Dayton et Valerie Faris, les réalisateurs du long métrage “Battle of the Sexes”, en salles ce mercredi.

Dans Battle of the Sexes, en salles ce mercredi, Emma Stone incarne la championne de tennis Billie Jean King, qui s’engagea dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts. Point d’orgue de ce cheval de bataille : sa rencontre, en 1973, face à l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, incarné ici par Steve Carell. Un match dont l’écho médiatique fut retentissant et qui s’imposa comme un événement majeur dans le combat pour l’égalité hommes/femmes.

AlloCiné a rencontré les réalisateurs Jonathan Dayton et Valerie Faris qui, onze ans après l’acclamé Little Miss Sunshine, signent une oeuvre fortement ancrée dans l’actualité…

AlloCiné : Pourquoi avoir voulu raconter cette incroyable histoire ?

Jonathan Dayton : On s’est souvenus de ce match, quand nous étions enfants. Il nous a semblé que c’était le bon moment pour raconter cette histoire, et ce pour beaucoup de raisons. Hillary Clinton était en course pour devenir Présidente des Etats-Unis, on y voyait des parallèles. Clairement, aux Etats-Unis, la politique est devenue un sport, les gens la traitent comme tel, une équipe, une autre équipe… Et puis nous étions également très intéressés par le sujet de la sexualité.

Valerie Faris : Oui, intéressés par l’idée d’être capable de vivre ouvertement sa sexualité à cette période. Billie Jean King ne le pouvait pas du tout. On ne connaissait pas cette partie de l’histoire, qu’elle était mariée, avait eu sa première aventure en même temps qu’elle se battait pour l’égalité des salaires et lançait ce tournoi féminin… Elle a fait tant de choses, il y avait tant de pression… Mais elle l’a fait ! Et elle a gagné. Ce qui l’a rendue encore plus célèbre. Elle n’aurait pas été nécessairement celle qu’elle est aujourd’hui si elle n’avait pas accompli toutes ces choses. Ce qui était important pour nous était que l’histoire personnelle impacte sur l’histoire politique. Pour elle, être fidèle à elle-même était ce qui l’aidait à devenir une porte-parole pour les autres.

Cette double bataille, pour l’égalité hommes/femmes mais également pour vivre librement son amour, imprègne vraiment le film…

Jonathan Dayton : En 1973, l’homophobie était légion. Ça existe toujours, bien sûr, mais c’était bien pire encore. Il a donc fallu à Billie Jean King beaucoup de courage pour agir selon ses propres désirs.

Valerie Faris : En même temps, elle avait une image publique qu’elle devait protéger. C’est un peu ce qu’on est en train de vivre en ce moment, avec des gens qui ne veulent pas ruiner leur carrière, qui ont tellement peur qu’ils ne parlent pas. Un sujet très débattu actuellement. Elle risquait gros, à la fois dans son action pour que les femmes touchent les mêmes salaires que les hommes, et aussi dans sa vie personnelle. Mais elle ne voulait pas vivre dans le mensonge.

Avez-vous travaillé avec la véritable Billie Jean King sur le film ?

Jonathan Dayton : Oui. Elle a été impliquée dès le début de l’écriture. Nous l’avons rencontrée, Emma également. Elle a eu beaucoup d’influence sur le film. C’était très intéressant, car aujourd’hui Billie Jean est une femme mature en pleine santé, mais en 1973, alors qu’elle avait 29 ans, c’était une époque confuse. Elle était très différente et pas du tout aussi à l’aise avec sa sexualité qu’elle ne l’est maintenant. On a donc consulté beaucoup d’archives et de vieilles interviews d’elle pour mieux la connaître.

Valerie Faris : C’était presque plus utile que de lui parler aujourd’hui. Mais elle a toujours été impliquée, elle est avec nous sur la tournée promo, elle est derrière le film et en est très fière.

Emma Stone et Steve Carell ont été faciles à convaincre ?

Jonathan Dayton : Ils étaient très excités à l’idée d’incarner ces joueurs. Emma est une actrice très ambitieuse et elle s’est donnée à fond pour le rôle. Elle s’est entraînée pendant des semaines.

Valerie Faris : Des mois ! Rends-lui justice, un peu ! (rires)

Jonathan Dayton : Oui, des mois ! Elle a pris presque sept kilos de muscles, elle a complètement transformé son corps. Et Steve s’est entraîné avec l’entraîneur de Bobby Riggs de l’époque, qui a maintenant dans les 70 ans, mais qui l’a aidé à connaître et à s’approprier le jeu de Bobby, lui a expliqué quel genre d’homme il était.

Le tennis est un sport particulièrement ardu à reproduire sur grand écran. Comment avez-vous appréhendé ce défi ?

Jonathan Dayton : Tout le jeu que l’on voit dans le film est réel. Tout depuis le jeu de jambe, jusqu’au grip ou au type de raquette, a été reproduit à l’identique, il n’y a pas de balles recréées en CGI. On a étudié le véritable match et, avec notamment l’aide de Billie, on en a fait une version de 10 minutes que nous avons montré à notre équipe.

Valerie Faris : Il fallait que Billie Jean King soit heureuse de la manière dont on allait traiter le tennis. Il n’y a pas tant de films où ce sport est bien retranscrit. La plupart du temps, la photo est bonne, mais le sport n’est pas très lisible. Nous avions des coordinateurs qui nous ont aidé à reproduire les points du match les plus “dramatiques” que nous souhaitions garder dans le film. C’était un jeu de service-volée et nous devions créer une certaine tension dans un match qui n’en a pas vraiment eu puisque, comme vous le savez, elle l’a battu sèchement en trois sets. Et nous nous sommes également dit que c’était beau de voir le court en entier à l’écran juste comme nous le voyons à la télévision. Cette manière de filmer retranscrivait le fait que 90 millions de personnes ont vu ces deux joueurs s’affronter en direct, un peu comme une exécution.

Emma et Steve jouent-ils vraiment ?

Valerie Faris : Sur les vues du dessus, ce sont des doublures. Steve Carrel joue, il a fait quelques séquences de jeu dans le match. Mais les véritables séquences, physiques, étaient réalisées par des joueurs professionnels.

C’était important que ce film soit réalisé par un homme et une femme ?

Jonathan Dayton : Oui, nous pensions être les bonnes personnes pour raconter cette histoire.

Valerie Faris : Nous possédions les deux points de vue. 

Jonathan Dayton : C’est également bon de montrer qu’en tant qu’homme et femme, nous travaillons très bien ensemble, et que c’est possible.

Valerie Faris : En fait, c’est l’opposé d’une guerre des sexes dans notre relation et notre travail ! Nous essayons de montrer l’exemple.

Il y a de l’optimisme dans ce film, mais êtes-vous d’accord pour dire qu’il y a encore beaucoup à parcourir ?

Jonathan Dayton : Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour l’égalité des sexes, oui, et il ne faut jamais cesser de se battre pour ça. Mais je pense que nous devons avoir espoir. Il y a d’incroyables changements qui se produisent, comme aujourd’hui avec l’affaire Weinstein. Je pense que c’est le signe que les femmes deviennent plus courageuses, osent prendre la parole.

Valerie Faris : J’espère que ça va continuer, car lorsqu’une personne ose, elle montre la voie aux autres. Et j’espère qu’à travers l’exemple de Billie Jean, des gens de plus en plus nombreux vont agir.

Un mot pour conclure sur cette fameuse affaire Weinstein que vous venez d’évoquer…

Valerie Faris : Je pense que c’est une évidence : il faut que cela se sache. Ca nous rappelle que l’équilibre du pouvoir est un problème perpétuel.

Jonathan Dayton : Ca nous rappelle que le changement n’intervient que lorsque les gens prennent vraiment des risques. On ne peut pas se contenter de tweeter, de balancer des rumeurs sur les réseaux sociaux. Il faut aller plus loin et peut-être mettre sa carrière en danger. C’était très effrayant pour ces femmes de rendre tout ça public, de s’inquiéter à propos ce qui pourrait arriver ensuite. Les hommes réalisent que désormais, ils devront faire attention, et je trouve ça super.

Propos recueillis par Clément Cuyer le 17 octobre 2017 à Paris

La bande-annonce de “Battle of the Sexes” :

Battle of the Sexes Bande-annonce VO

 

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