L’obésité ralentit mais continue de progresser

En France, il y aurait 6,9 millions de personnes obèses, soit environ deux fois plus qu’en 1997. La sixième édition de l’enquête ObEpi met encore en évidence une augmentation continue du taux d’obésité en France. Si, pour la première fois, la courbe a tendance à ralentir, cette “épidémie“ d’obésité continue de sévir, notamment chez les femmes, plus touchées que les hommes, et chez les 18-25 ans.

L’obésité ralentit mais continue de progresser : il y a environ 6,9 millions d'obèses en France, soit 2 fois plus qu'en 1997 !

Depuis 15 ans maintenant et tous les 3 ans, l’étude ObEpi-Roche (1) évalue la prévalence du surpoids et de l’obésité en France. Si les nouvelles ne sont guère rassurantes – l’obésité continue de progresser – l’évolution constatée entre 2009 et 2012 laisse espérer de voir la courbe s’inverser. Néanmoins, avant l’espoir, le constat : entre 1997 et 2012, on compte 3,3 millions de personnes obèses en plus, le nombre de personnes obèses a quasiment doublé en 15 ans. Autres motifs d’inquiétude, les gradients Nord-Sud et socio-économiques toujours omniprésents…Les campagnes de prévention efficaces contre l’obésité ?
Avec la taille et le poids fournis par les personnes interrogées*, il est possible de calculer l’indice de masse corporelle (IMC), indicateur de l’OMS permettant de déterminer l’obésité (IMC supérieur à 30). Le surpoids, quant à lui, correspond à un IMC compris entre 25 et 30.
 Ainsi, l’étude estime à 15 % le pourcentage de personnes obèses en France contre 14,5 % en 2009, soit une augmentation de 3,4 % “seulement“. Seulement car c’est la plus faible constatée depuis 15 ans.Comment expliquer cette tendance générale ? Peut-on y voir là l’effet des diverses campagnes de prévention et d’informations menées depuis plus de 10 ans (le

PNNS par exemple, le

programme Epode, etc.) ? “On peut s’autoriser à penser que ces campagnes ont effectivement joué un rôle et restent utiles, même si on n’a pas de preuves“, concède le Pr Arnaud Basdevant, nuançant néanmoins son propos : “Certaines populations, les moins vulnérables, sont évidemment plus à même de pouvoir appliquer les recommandations que d’autres. D’ailleurs, on remarque que cette “stabilisation“ est plus marquée chez ceux dont le revenu est compris entre 1200 et 2300 euros net par mois“.Par ailleurs, il semblerait que cette tendance ne soit pas franco-française : “Nous ne sommes pas le seul pays à observer un ralentissement de l’augmentation, les Pays-Bas aussi par exemple sont dans cette situation“ précise le Dr Marie-Aline Charles.Les femmes plus touchées par l’obésitéCar si la tendance globale est à la “stabilisation“, la situation varie fortement selon l’âge, le sexe, le niveau de revenus et la région d’origine.-          Age : si l’obésité augmente globalement, avec l’âge, la tranche de 18-25 ans est la seule où la prévalence a augmenté depuis 2009 (+ 35 % !).  Selon le Dr Marie-Aline Charles, il s’agit là des “enfants diagnostiqués obèses dans les années 1980/1990 qui aujourd’hui arrivent à l’âge adulte“. Corollaire inévitable de cette hypothèse, force est de constater que ces jeunes obèses le sont donc restés : “Effectivement, cela laisse à penser que ces jeunes n’ont pas été traités puisque l’on sait que les traitements sont le plus souvent efficaces. De manière  générale, trop peu de personnes consultent  pour obésité“.  L’effet générationnel n’est pas à omettre non plus : consoles vidéo, internet, télévision favorisent la sédentarité tandis que l’accessibilité à la junk-food, aux sodas et sucreries est devenue très facile. Ce qui n’était pas forcément le cas il y a 30 ans…-          Sexe : Là, on observe très nettement une différence hommes-femmes : ces dernières sont bien plus touchées que les hommes (15,7 % contre 14,3 %) et ce, quelle que soit la tranche d’âge. Et chez les femmes de 18/24 ans, l’augmentation observée depuis 15 ans est particulièrement importante : + 89,2 % contre + 62.5 % chez les hommes ! Y aurait-il une différence d’ordre génétique qui pourrait expliquer cette différence ? “Par vraiment puisqu’aux États-Unis, où l’obésité touche environ une personne sur trois, la prévalence est la même chez les hommes et chez les femmes, répond le Dr Marie-Aline Charles. Par contre, effectivement, les femmes ont plus tendance à accumuler de la graisse que les hommes. Et chez les enfants aussi, on observe plus de petites filles obèses que de petits garçons… Mais nous ne sommes pas encore en mesure de l’expliquer.“ Peut-être cela peut-il s’expliquer simplement par les différences comportementales hommes/femmes ? “Sans oublier les pistes récemment développées : perturbateurs endocriniens, troubles intestinaux, microbiote…“ ajoute le Pr Basdevant.-          Revenus : Sans surprise et conformément aux résultats des années précédentes, plus les revenus sont élevés, plus le risque d’être obèse est faible. L’inverse est vrai aussi, plus les revenus sont faibles, plus le risque d’être obèse est élevé. Là encore, c’est la preuve de “l’impact réel des déterminants sociaux sur la santé“ résume le Pr Basdevant. Or, l’alimentation étant un poste budgétaire compressible (contrairement au loyer, aux charges, etc.), elle fait souvent les frais des difficultés financières. Et comme l’a montré Nicole Darmon (

Manger équilibré pour 3,5 euros, par jour : un véritable défi), il est impossible de manger équilibré en dessous d’une certaine somme…“.“Engager une réflexion territoriale“
Quant aux disparités régionales déjà mises en avant dans l’édition 2009 de l’étude ObEpi-ROoche, dont les césures Nord-Sud et Est-Ouest, elles restent encore présentes : c’est toujours dans le Nord-Pas de Calais (21,3%) que la prévalence est la plus importante et dans le Sud qu’elle l’est le moins (11,6% dans la région Midi-Pyrénées)…
 
Contrairement à l’épidémiologie géographique, “les actes de chirurgie bariatrique sont plus courants dans le Sud que dans le Nord“ s’étonne le Pr Basdevant… Pour lutter contre ce phénomène, il compte notamment sur le

Plan Obésité, dont il est aux commandes. “Une réflexion territoriale nécessaire est d’ores et déjà engagée. Par exemple, pour favoriser l’accès aux soins en adéquation avec l’épidémiologie, 4 centres ont été ouverts dans le Nord, 4 dans l’Est et 4 en région parisienne, les régions les plus touchées. Ces centres, en cours de labellisation, ont, entre autres pour mission de pouvoir accueillir tous les cas, même les plus graves, tout en veillant à la bonne mise en place d’un maillage territorial“.
 Actuellement, il y a 37 centres intégré obésité en France.Une comorbidité élevéeEnfin, autre pan de l’étude : les relations entre obésité et maladies cardio-vasculaires. Là encore, il n’est pas étonnant d’apprendre que le fait d’être obèse multiplie par 14 la probabilité d’avoir 3 facteurs de risques cardiovasculaires (

dyslipidémies,

hypertension artérielle et

diabète) !  Ainsi, 35 % des obèses sont traités pour HTA, 26 % pour une hypercholestérolémie et 16 % pour un diabète. “Or, tout cela a un coût et cela confirme bien le fait que le coût de santé est plus élevé chez les personnes obèses“.  Au final, l’augmentation constante, mais mesurée ces 3 dernières années, de la prévalence de l’obésité ne peut s’expliquer simplement par tel ou tel phénomène puisqu’elle est la somme de nombreux facteurs de risques cumulés, tout comme l’obésité d’ailleurs : “L’obésité est un phénomène cumulatif. Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faudrait savoir ce qui s’est passé il y a 30 ans, explique le Pr Basdevant… Par exemple, les pistes prénatale et périnatale (alimentation de la mère, facteurs environnementaux, etc.) ne sont pas à éluder mais restent encore relativement méconnues“.De nombreuses études en cours (

ELFE) ou à venir permettront d’en savoir plus. Yamina Saïdj, le 16 octobre 2012 (1)    Depuis 15 ans à l’initiative de Roche, l’enquêt ObEpi est réalisée tous les 3 ans. Réalisée cette année par Kantar Health, l’enquête épidémiologique ObEpi-Roche permet de suivre l’évolution du surpoids et de l’obésité dans la population française adulte. Pour ce faire, un questionnaire auto-administré est envoyé à un panel représentatif des Français. En 2012, 25 714 adultes ont participé à l’étude. Il était notamment demandé aux sondés de noter leur taille, leur poids, et leur tour de taille. L’enquête a été conçue et supervisée  par le Dr Marie-Aline Charles (épidémiologiste et directeur de recherche à l’Inserm), le Pr Arnaud Basdevant (responsable du pôle endocrinologie-diabétologie-métabolisme-nutrition-prévention cardiovasculaire à la Pitié-Salpêtrière, Université Pierre et Marie Curie) et le Pr Eveline Eschwège (directeur de recherche honoraire de l’Inserm. Le comité scientifique ne déclare aucun conflit d’intérêt et n’a pas été rémunéré par le laboratoire.Click Here: Geelong Cats Guernsey

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